Tenter l’art pour soigner - À l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960
Tenter l’art pour soigner - À l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville dans les années 1960. L’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville (HPB) est fondé en 1933.
Description de la visite
L'IMA présente les ateliers de socialthérapie de Blida-Joinville, entre archives, céramiques et gouaches nées dans l'Algérie des années 1960.
Le parcours réunit archives, céramiques peintes et planches dessinées à la gouache, issues d’ateliers de socialthérapie menés à la fin des années 1960 à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. L’ensemble est entré au musée de l’Institut du monde arabe grâce à une donation reçue en 2021. Des œuvres comme Sans titre de Rekabi ou de Moussaoui S. permettent de regarder des productions fragiles, longtemps tenues à l’écart des récits de l’art, mais chargées d’une histoire clinique, sociale et politique.
L’exposition est construite autour du contexte de l’HPB, institution algérienne marquée par la figure de Frantz Fanon. Elle ne présente pas l’art comme une guérison magique, mais comme une tentative située, liée à des pratiques thérapeutiques, à l’après-colonisation et aux transformations de la psychiatrie. Le visiteur est invité à replacer les dessins et céramiques dans leur cadre: ateliers collectifs, soin, institution, gestes d’expression et circulation tardive des archives jusqu’à l’IMA.
Cette proposition compte parce qu’elle aborde un sujet délicat sans le réduire à la fascination pour l’art brut ou à l’anecdote médicale. Les œuvres témoignent d’expériences de soin, de vulnérabilité et de création dans un moment historique précis. La visite pose une question toujours actuelle: que peut faire l’art dans un lieu psychiatrique Elle répond sans emphase, par des objets, des traces et des noms qui rendent visible une tentative de relation.
Contexte culturel et artistique
Le lieu et son horizon culturel
Originaire de la ville d’Edesse (actuelle Urfa, en Turquie) et encore utilisé aujourd’hui comme langue liturgique par certains chrétiens d’Orient, le syriaque, variété de l’araméen, était la plus importante langue chrétienne littéraire ancienne du Proche-Orient.
Le cadre culturel
L’Institut du Monde Arabe est un lieu culturel à suivre à Paris, avec une exposition actuellement ouverte et des informations utiles pour préparer la visite.
Pourquoi ce sujet parle encore aujourd’hui
L’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville (HPB) est fondé en 1933. Frantz Fanon (1925-1961), docteur en psychiatrie et grande figure de l’anticolonialisme, y officie en tant que médecin-chef entre 1953 et 1956; l’hôpital portera son nom à l’indépendance du pays. En rupture avec la psychiatrie coloniale, Fanon renouvelle l’approche psychiatrique en s’adaptant au contexte culturel local et social des pensionnaires. Il crée avec ces derniers et l’équipe médicale un tissu social au sein de l’institution, avec entre autres des activités manuelles, de la musicothérapie et de la pratique sportive, afin de favoriser l’expression des patients en vue de leur possible guérison et leur réinsertion dans la société. À la fin des années 1960, les successeurs de Fanon développent cette pratique de la thérapie sociale. En témoignent les ateliers de dessin qui donnent naissance à cet ensemble très riche de peintures à la gouache. Le dessin devient un véritable médium d’expression pour les patients. L’exposition interroge le contenu de ces peintures en mettant en avant la dimension humaine des pensionnaires qui les ont réalisées; et, s’appuyant sur les archives de la donation, met en lumière le contexte historique dans lequel s’inscrivent les apports des ateliers artistiques à l’hôpital.
Focus sur les œuvres
Sans titre
Sans titre, réalisé parMoussaoui S.le 12 octobre 1968, est une gouache sur papier contrecollé sur carton conservée aumusée de l’Institut du monde arabegrâce à la donation E. et A.-M. Cadour. La page officielle de l’IMA liée aux visites guidées deTenter l’art pour soignerdonne ces informations et rattache l’œuvre aux ateliers de socialthérapie de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Sa technique, la gouache sur support monté, appartient à un ensemble de planches réalisées à la fin des années 1960 dans un contexte de soin et de réinsertion.
Cette œuvre demande une attention très différente de celle que l’on accorde à une peinture de musée classique. Elle naît dans un atelier thérapeutique, mais l’exposition refuse de la réduire à un document médical. Il faut regarder la gouache comme une forme d’expression située: un geste, une couleur, une composition produits dans un cadre institutionnel marqué par l’héritage de Frantz Fanon et par la transformation des pratiques psychiatriques. Dans le parcours, l’œuvre permet de comprendre ce que signifie « tenter l’art pour soigner ». Le soin n’est pas présenté comme une guérison magique par la beauté; il passe par la possibilité de faire, de signer, d’organiser une image, d’exister autrement que comme patient. Observe la matérialité de la gouache, son intensité directe, sa relation au papier. Chaque trace porte une double valeur: plastique et humaine. L’exposition devient alors un lieu de reconnaissance, où ces œuvres quittent l’invisibilité sans perdre la mémémoire du contexte qui les a rendues possibles.
Sans titre
Sans titre, signéRekabiet daté du 27 mars 1969, est une œuvre liée à l’expositionTenter l’art pour soigneraumusée de l’Institut du monde arabe. L’IMA l’identifie dans ses supports visuels autour de l’exposition, consacrée aux archives, céramiques peintes et gouaches issues des ateliers de socialthérapie de Blida-Joinville. La technique relève de la planche dessinée ou peinte à la gouache, dans le contexte d’une pratique collective menée à la fin des années 1960 au sein de l’hôpital psychiatrique algérien.
Ce qui importe ici, c’est de regarder l’œuvre comme un témoignage actif, pas comme une curiosité. Le nom de Rekabi, la date précise et le lien à l’atelier donnent une existence singulière à une production longtemps restée dans les marges. L’exposition de l’IMA replace ces gestes dans une histoire complexe: celle d’un hôpital fondé en 1933, transformé par les pratiques de Frantz Fanon, puis traversé dans les années 1960 par des expériences de création collective. Devant une telle gouache, il faut accepter une part d’inconnu. On né dispose pas toujours du récit complet de l’auteur, mais l’image porte une présence. Elle montre qu’un atelier de soin peut devenir un espace de forme, de décision et de projection. Le visiteur doit donc éviter deux pièges: esthétiser sans contexte, ou réduire l’œuvre à un symptôme. Sa force vient précisément de l’entre-deux. Elle appartient à l’histoire de l’art, à l’histoire sociale de la psychiatrie et à une mémémoire algérienne encore trop peu visible dans les musées français.
Une fleure
Une fleure, réalisée parB.M.T.le 6 novembre 1967, est une gouache sur papier associée aux ateliers de socialthérapie de l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville et présentée dans le contexte deTenter l’art pour soigneraumusée de l’Institut du monde arabe. Les sources de l’exposition la rattachent à la donation d’archives, de céramiques peintes et de gouaches reçue par l’IMA en 2021. Sa technique simple, gouache sur papier, est essentielle: elle donne au geste une immédiateté que le parcours met au centre.
Le titre, avec son orthographe conservée, est déjà une partie de l’œuvre. Il faut le lire sans condescendance: cette « fleure » donne accès à une expression directe, fragile, mais aussi volontaire. Dans l’exposition, elle permet d’aborder la création comme un acte de présence. La fleur peut paraître un motif modeste, presque enfantin, mais elle porte une charge forte dans un contexte hospitalier: croissance, couleur, désir d’ouverture, possibilité de prendre place dans le monde. Le parcours de l’IMA invite justement à regarder ces gouaches hors des hiérarchies habituelles. Elles né cherchent pas la virtuosité académique, mais elles produisent des formes capables de toucher, d’organiser une pensée, de créer une relation. Observe la manière dont le motif floral peut devenir un langage commun, compréhensible sans être simpliste. L’œuvre rappelle que les ateliers de Blida-Joinville né furent pas seulement des activités occupationnelles. Ils ont permis à des personnes souvent invisibilisées de laisser des images datées, signées et conservées, donc de rejoindre une histoire partageable.