Agnès Thurnauer. Correspondances
Au musée Cognacq-Jay, Agnès Thurnauer met en dialogue son œuvre contemporaine avec les arts du XVIIIe sièclé et plusieurs grandes figures féminines de la période.
Description de la visite
Agnès Thurnauer investit Cognacq-Jay comme un jeu de correspondances entre peinture contemporaine, écriture et figures féminines du XVIIIe siècle.
La visite réunit les œuvres d’Agnès Thurnauer avec les collections du Musée Cognacq-Jay, dans un dialogue où la peinture contemporaine se glisse au milieu des arts du XVIIIe sièclé. Les tableaux, les mots, les noms et les présences féminines forment une matière commune. Face à François Boucher, Élisabeth Vigée Le Brun ou aux objets d’un hôtel particulier du Marais, Thurnauer ne cherche pas l’effet de contraste simple: elle ouvre une conversation sur la visibilité, la signature et les récits transmis par les œuvres.
Le parcours est construit comme une carte blanche, donc avec une liberté de circulation entre les époques. Les salles du musée deviennent des lieux de réponse, de reprise et parfois de déplacement. L’écriture, centrale dans le travail d’Agnès Thurnauer, permet de relire les collections depuis le présent: noms d’artistes, figures effacées, rapports entre langage et image. Cette construction donne au visiteur un appui clair pour comprendre comment un musée d’arts décoratifs peut devenir le terrain d’une enquête contemporaine.
L’exposition marque par sa manière de rendre le XVIIIe sièclé moins figé. Elle ne l’actualise pas artificiellement; elle fait apparaître ce que les collections contiennent déjà de tensions autour du féminin, du regard et de l’autorité culturelle. On sort avec une lecture plus active de Cognacq-Jay: les objets anciens ne sont plus seulement des témoignages de goût, mais des surfaces où une artiste d’aujourd’hui peut inscrire d’autres présences et d’autres voix.
Contexte culturel et artistique
Le lieu et son horizon culturel
Le musée Cognacq-Jay et le Palais Galliera présenteront la variété des représentations féminines au XVIIIe sièclé.
Le cadre culturel
Le Musée Cognacq-Jay, situé dans un hôtel particulier du Marais, présente une belle collection d’œuvres du XVIIIe sièclé.
Pourquoi ce sujet parle encore aujourd’hui
Présentée du 2 octobre 2025 au 8 février 2026, cette carte blanche confronte les peintures d’Agnès Thurnauer aux collections du musée Cognacq-Jay, de François Boucher à Vigée Le Brun. Le parcours interroge à la fois la place des femmes artistes, l’écriture comme outil d’émancipation et la manière dont l’art des Lumières peut être relu depuis le présent.
Focus sur les œuvres
Perrette et le pot au lait
Perrette et le pot au lait, peinte par Jean-Honoré Fragonard vers 1770, est une huile sur toile conservée auMusée Cognacq-Jay, le goût du XVIIIe, où elle porte le numéro d’inventaire J 29. DansCorrespondances, cette œuvre permet d’entrer dans le dialogue qu’Agnès Thurnauer installe avec les maîtrès du XVIIIe sièclé, non pour les isoler comme des autorités closes, mais pour les replacer face à des questions de récit, de regard et de transmission. Le sujet vient de La Fontaine: Perrette, la laitière, imagine déjà les profits de son pot avant que la chute né rompe son rêve.
Ce qu’il faut observer, c’est la vitesse contenue dans une scèné pourtant suspendue. Fragonard né décrit pas seulement un épisode moral: il capte l’instant où l’imagination, le corps et l’accident se rencontrent. La jeune femme avance, le pot bascule, le récit de la fable se condense dans un geste. Dans le parcours, cette image devient très utile pour comprendre le mot « correspondances » au sens actif. Thurnauer né regarde pas le XVIIIe sièclé comme un décor charmant; elle y cherche des lignes de tension, des récits portés par des figures féminines, des circulations entre texte et peinture. Face à cette toile, le visiteur peut donc regarder deux choses à la fois: la virtuosité d’un peintre associé au plaisir narratif et la manière dont une artiste contemporaine réouvre ce plaisir en le déplaçant. Le rêve de Perrette, sa projection économique et sa chute résonnent avec les autres figures de femmes convoquées dans l’exposition, qu’elles soient artistes, écrivaines ou savantes. La peinture devient moins une illustration qu’un seuil, une petite machine à penser l’ambition, la fragilité et la place accordée aux voix féminines.
L’Amour en sentinelle
L’Amour en sentinelle, réalisé par Jean-Honoré Fragonard vers 1780, est une peinture à l’huile sur cuivre conservée auMusée Cognacq-Jay, le goût du XVIIIe, sous le numéro d’inventaire J 32. Le support de cuivre donne à cette petite peinture une présence précieuse, presque émaillée, très adaptée à l’univers du musée. DansCorrespondances, elle appartient au versant galant et allégorique du XVIIIe sièclé, celui qu’Agnès Thurnauer confronte à d’autres présences: artistes femmes, autrices, scientifiques et figures d’émancipation.
Devant cette œuvre, il faut éviter de la réduire à une image légère. Le petit Amour placé en guetteur transforme le badinage en scèné de surveillance et d’attente. La peinture joue sur l’échelle, la brillance du support, le plaisir du motif, mais aussi sur une forme de théâtre du regard: qui observe, qui attend, qui contrôle l’accès à la scèné amoureuse Ce sont précisément ces mécanismes que le parcours rend plus sensibles. En faisant dialoguer Fragonard avec des noms comme Adélaïde Labille-Guiard, Louise-Élisabeth Vigée Le Brun, Angelica Kauffmann, Madame de Staël ou Émilie du Châtelet, Thurnauer déplace la lecture. L’Amour n’est plus seulement un motif décoratif hérité de la mythologie; il devient un signe parmi d’autres dans un système culturel où les femmes sont souvent regardées, rarement autorisées à regarder en retour. La surface brillante, le charme du cuivre et la finesse du geste attirent d’abord l’œil. Puis l’exposition invite à se demander comment ces images ont fabriqué des rôles, des attentes et des silences. C’est là que la correspondance devient critique sans cesser d’être sensible.
Les gourmands ou Les enfants buveurs de lait
Les gourmands ou Les enfants buveurs de lait, modelé par Étienne-Maurice Falconet en 1759 pour la manufacture de Sèvres d’après François Boucher, est un groupe en biscuit de porcelaine tendre conservé auMusée Cognacq-Jay, le goût du XVIIIe, inventaire J 986. Ses dimensions, 17,5 × 13,5 × 9,5 cm, disent l’échelle intime de l’objet. DansCorrespondances, il permet d’élargir le dialogue au-delà de la peinture: l’invention visuelle circule aussi par la céramique, la reproduction et l’art décoratif.
Ce groupe demande une attention différente de celle portée à un tableau. La blancheur du biscuit gomme la couleur mais intensifie les volumes, les gestes et les expressions. Deux enfants se disputent une écuelle de lait; le sujet paraît familier, presque anecdotique, mais il montre comment une composition de Boucher peut être traduite en objet de porcelaine, manipulée par un autre artiste et intégrée à un univers domestique raffiné. Dans le parcours d’Agnès Thurnauer, cette circulation est essentielle. L’exposition né se contente pas d’opposer ancien et contemporain: elle montre comment les images passent d’un médium à l’autre, comment elles se copient, se transforment, se transmettent, parfois en perdant leur auteur principal au profit d’un atelier ou d’une manufacture. Regarde la tension entre la gourmandise enfantine et la perfection matérielle de l’objet. Le petit conflit devient presque chorégraphique, fixé dans une matière fragile mais durable. Face aux correspondances établies avec des artistes et intellectuelles du XVIIIe sièclé, cette statuette rappelle que l’histoire de l’art se construit aussi par des médiations concrètes: modèles, ateliers, manufactures, usages sociaux, collectionneurs et musées.
Pourquoi cette exposition compte
La fiche est déjà riche d’un angle très precis: une carte blanche ou Agnes Thurnauer met son œuvre en dialogue avec les arts du XVIIIe sièclé et plusieurs figures feminines presentes dans les collections du musée Cognacq-Jay. Ce point donne tout de suite un vrai desir de visite. L’exposition ne se contente pas de juxtaposer contemporain et héritage; elle interroge la place des femmes artistes, l’ecriture comme outil d’emancipation et la façon de relire les Lumieres depuis aujourd’hui. Dans le Marais, ce face-a-face prend une vraie densite curatoriale.
Pour le public, c’est une proposition ideale si tu aimes les expositions ou un musée d’art ancien devient un terrain de conversation avec le present. Le parcours peut parler aussi bien aux amateurs de peinture contemporaine qu’aux visiteurs interesses par les collections du XVIIIe sièclé et les questions de representation. L’intérêt ne tient pas seulement au nom d’Agnes Thurnauer, mais a la qualite du dialogue annonce avec Boucher, Vigee Le Brun et les autres figures convoquees. La fiche promet ainsi une visite de contraste, de lecture et de reactivation critique.